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Published: 14/02/2023

L'enfant et l'adolescent

L'enfant traverse des transformations considérables : il apprend à maîtriser son corps, à structurer sa pensée, à entrer en relation avec les autres et à réguler ses émotions.

Connaître ses grandes étapes permet de distinguer ce qui relève d'une variation normale du développement de ce qui mérite une attention particulière.

Le développement psychomoteur de l'enfant

La psychomotricité repose sur l'idée que le corps et le psychisme ne se développent jamais l'un sans l'autre. Chaque acquisition motrice — marcher, sauter, dessiner, s'habiller seul — s'accompagne d'une acquisition psychique : plus grande autonomie, meilleure image de soi, capacité accrue à anticiper, à attendre, à entrer en relation. Inversement, un vécu émotionnel difficile (angoisse, insécurité, conflit) se traduit très souvent, chez le jeune enfant, par des manifestations corporelles : agitation, crispation, maladresse, inhibition du mouvement, bégaiement, ...

Les grandes étapes du développement de l'enfant, par registre

Tonus

La fonction tonique met en étroite relation le psychisme et le tonus. Le développement du tonus commence dès la vie intra-utérine. À la naissance, la dualité tonique affecte le contrôle musculaire. L'état tonique a une fonction de communication et d'expression des émotions (hypertonie d'appel, hypotonie de satisfaction). Petit à petit, le tonus se régule grâce à la maturation neurologique et au développement psychique : la motricité devient volontaire, le maintien des postures et des attitudes permet le développement des coordinations et des dissociations. Le tonus est le support de la posture et des relations avec l'environnement.

Petit à petit, les gestes (motricité fine et globale) sont mieux maîtrisés. Le tonus reste un support de communication infra-verbale privilégié avec l'environnement : les variations toniques témoignent des capacités de régulation tonico-émotionnelle de l'enfant. Par exemple, un enfant peut avoir tendance à être maladroit et avoir du mal à être audible lorsqu'il doit réciter une poésie dans la classe, ou au contraire se déplacer avec assurance et s'exprimer avec une voix claire.

Schéma corporel

3 mois à 3 ans : le corps vécu

C'est la période qui correspond au stade sensori-moteur de Piaget. C'est, pour le bébé, l'ouverture d'un nouveau monde en trois dimensions. Le schéma corporel se construit progressivement et permet d'unifier les deux parties du corps — avant cela, les vécus corporels sont morcelés. Ce stade est celui des expériences motrices, qui fournissent des sensations kinesthésiques variées.

  • Vers 18 mois :  l'enfant se reconnaît dans le miroir.
  • Stade d'acquisition de la propreté :  débute progressivement.
3 à 7 ans : le corps perçu

La motricité s'améliore, l'ajustement postural est plus efficace. La dominance latérale se met en place progressivement au niveau de l'œil, de la main, du pied, de l'oreille. Les jeux symboliques permettent à l'enfant de traduire ses émotions dans le jeu. L'enfant centre davantage son attention sur son corps et ses sensations.

Communication verbale et non verbale

Le nouveau-né apprend petit à petit à reconnaître les voix et la prosodie, et s'oriente progressivement vers les sons. Il commence par émettre des sons, à babiller : sourires, cris et regards ont valeur de communication. Le jargon apparaît ensuite, puis les protomots (juxtaposition de sons pour désigner des objets précis, qui peuvent être combinés à des gestes). Grâce au développement de l'attention conjointe (8-10 mois), du pointage et de la compréhension des tours de parole, il apprend à interagir et à se faire comprendre. Vers 1 an et demi apparaît l'explosion du vocabulaire ; il apprend petit à petit à diversifier ses intentions de communiquer.

La communication non verbale (gestes, mimiques) devient alors un outil pour soutenir le discours, et non plus le seul moyen de s'exprimer. À 3 ans, l'apprentissage de la syntaxe se poursuit : l'enfant peut tenir une conversation.

Motricité

Les mouvements impliquent d'abord l'ensemble du corps. Puis le tonus se régule grâce à la maturation neurologique, permettant le développement de la motricité. Vous pouvez aller voir mon article sur le développement moteur chez le nourrisson. L'enfant passe par les différents niveaux d'évolution motrice jusqu'à acquérir la marche. Par la suite, il développe ses compétences motrices : équilibre bipodal et unipodal, sauts, course, montée des escaliers, mouvements de coordination et de dissociation des membres (jambe/jambe, bras/bras, jambes/bras).

  • Vers 2-3 ans :  la marche est assurée ; il court, monte les escaliers (d'abord deux pieds par marche), tape dans un ballon, commence à grimper et à sauter à pieds joints, tient en équilibre sur la pointe des pieds quelques secondes, se penche et s'accroupit pour passer sous des objets. Il gribouille avec plaisir, empile plusieurs cubes, commence à manger seul à la cuillère, tourne les pages d'un livre, lance un ballon avec les mains.
  • Vers 3-4 ans :  saute à pieds joints, pédale sur un tricycle, meilleur équilibre, monte et descend les escaliers en alternant les pieds. Apparition du bonhomme têtard.
  • 4-6 ans :  saute à cloche-pied, lance et rattrape un ballon avec plus de précision, fait du vélo (petites roues, puis souvent sans vers 5-6 ans). Le bonhomme se complète, l'enfant copie des formes géométriques simples, la latéralité (droitier/gaucher) se précise, le prégraphisme laisse place aux premières lettres.
  • 6-9 ans :  les gestes s'automatisent, l'écriture cursive se met en place et se stabilise, la précision fine progresse nettement.
  • 9-11 ans :  coordinations complexes, pratiques sportives plus élaborées, gestes fins de plus en plus maîtrisés (écriture rapide, activités manuelles précises).

Structuration temporelle

Dans un premier temps, l'enfant vit selon les rythmes biologiques qu'il avait avant la naissance. Petit à petit, il change de rythme pour s'adapter aux rythmes internes et externes (veille/sommeil, faim/satiété, jeu/repos, présence/absence des parents).

Vers 2 ans et demi, le rythme circadien est acquis. Il apprend ensuite à se situer dans le temps (maintenant, attendre, vite, hier, construction des repères journaliers vers 3 ans et demi, notions d'ordre, de succession, d'irréversibilité...).

La structuration temporelle affecte également la motricité : petit à petit, l'enfant apprend à ajuster le rythme de ses gestes pour atteindre un but ou respecter un rythme imposé.

Vers 5 ans, il accède à d'autres notions temporelles (ordre chronologique, durée, vitesse, rythme, saisons...). Les progrès du langage contribuent au développement et à la compréhension de ces notions.

À partir de 5 ans et demi, il apprend les jours de la semaine, puis plus tard les mois de l'année.

Structuration spatiale

L'enfant découvre l'environnement par rapport à lui-même. Il reconnaît certains lieux mais ne fait pas encore de liens entre eux ; ses perceptions sensorielles sont morcelées. La compréhension du monde qui l'entoure se construit par la manipulation, les expériences sensorielles et l'action.

Lorsqu'il commence à se déplacer et à manipuler, et que la coordination oculo-manuelle se met en place, l'enfant évolue dans un espace où il établit des liens entre les différents espaces sensoriels (espace vécu). Il découvre la constance des grandeurs et des formes, ainsi que la permanence de l'objet vers 9 mois — un apprentissage qui se réalise en plusieurs phases jusqu'à devenir complet. Il découvre les trajectoires et les effets de la perspective (ce moment bien connu où l'enfant jette son jouet, où l'adulte le ramasse, et où il recommence : c'est ainsi qu'il apprend). Les distances sont de mieux en mieux perçues.

À partir de 2 ans, l'enfant apprend progressivement à créer des images mentales de son environnement : il découvre les perspectives, les relations spatiales entre les objets, et qu'il existe d'autres points de vue que le sien. L'enrichissement du vocabulaire soutient ces apprentissages ; il commence à appréhender l'espace sans avoir à l'expérimenter avec son corps.

À partir de 7 ans, l'enfant accède à l'espace représentatif : il peut considérer le point de vue de quelqu'un d'autre.

Quelques repères
  • 2 ans et demi - 3 ans :  grand, petit, en haut, en bas, devant, derrière, à l'envers, emboîter, empiler.
  • 3 ans et demi :  loin, près, au-dessus, au-dessous, autour, peu, beaucoup.
  • 5 ans :  suit un trajet fléché, suit le sens graphique, pliages, labyrinthe, dessine en symétrie.
  • 6 ans :  droite-gauche sur soi, range par ordre croissant, dessine des flèches pour indiquer une direction.
  • 7 ans et demi :  droite-gauche sur autrui.

Développement psycho-affectif

  • 2-3 ans :  c'est la période de l'opposition (« non ! ») et de l'affirmation identitaire, en parallèle de l'acquisition de la propreté. L'enfant commence à imiter, l'attention soutenue devient plus efficace. L'angoisse de séparation reste normale à cet âge. Le jeu symbolique (faire semblant) débute.
  • 3-4 ans :  le jeu symbolique se développe considérablement (dînette, poupées, déguisements), les jeux à règles très simples apparaissent. C'est aussi l'âge des peurs imaginaires (monstres, noir) et d'une intense activité fantasmatique, normale à cette période.
  • 4-6 ans :  l'enfant tolère mieux l'attente, coopère davantage dans le jeu, mais la régulation émotionnelle reste encore fragile et immature. C'est la période d'entrée dans les apprentissages scolaires formels (grande section, CP), moment charnière où certaines difficultés jusque-là discrètes peuvent devenir plus visibles.
  • 6-9 ans :  le sens moral s'affine, l'estime de soi se construit fortement autour de la réussite scolaire et de la place dans le groupe de pairs. Les amitiés deviennent plus électives et stables.
  • 9-11 ans :  le besoin d'appartenance au groupe s'intensifie, l'image de soi se construit de plus en plus au regard du jugement des pairs. C'est une période de relative stabilité qui prépare les remaniements à venir.

Tous ces registres sont très liés les uns aux autres : c'est pourquoi le développement psychomoteur est complexe. Des acquisitions peuvent se faire plus rapidement que d'autres, des régressions peuvent apparaître le temps de l'apprentissage de quelque chose de nouveau. La manière dont l'enfant se construit dépend intimement de sa maturation neurologique, de ses expériences et de son développement psycho-affectif.

L'adolescence

Lors du passage à l'adolescence, ce sont essentiellement les perceptions corporelles et la motricité qui sont affectées. Les premiers signes pubertaires apparaissent, entraînant une croissance parfois rapide et une maladresse motrice transitoire liée aux changements corporels. Le schéma corporel doit se réajuster, ce qui peut déstabiliser temporairement des enfants jusque-là bien coordonnés. Le besoin d'autonomie grandit, les relations aux parents commencent à se transformer, et le groupe de pairs prend une place centrale. C'est une phase de transition à accompagner avec attention, sans pour autant en faire le terrain d'une inquiétude systématique : elle appelle surtout de la souplesse et de l'écoute.

Ce qui change à l'adolescence

Le corps se transforme souvent plus vite que l'adolescent ne peut se le représenter psychiquement — d'où un décalage fréquent entre le schéma corporel (la représentation du corps en mouvement) et l'image du corps (la représentation affective et identitaire du corps), source possible de maladresse, de gêne ou de rejet du corps.

La pensée évolue vers l'abstraction et le raisonnement hypothético-déductif : l'adolescent devient capable de réfléchir sur des idées, des valeurs, sur lui-même.

L'identité se construit grâce à la séparation progressive d'avec les figures parentales et à l'investissement du groupe de pairs. L'adolescent recherche l'autonomie, même si pour cela il doit entrer dans une nouvelle phase d'opposition. L'autonomie affective et matérielle se prépare alors doucement.

Intervention en psychomotricité

Les enfants peuvent avoir besoin d'un peu d'aide pour se développer de manière harmonieuse et ne pas prendre de retard dans leurs apprentissages. Des fois, les difficultés sont plus importantes et un suivi permettra de mettre en place des actions en séances et dans le quotidien afin de soulager l'enfant et parfois sa famille des difficultés qui lui pèse au quotidien. Le psychomotricien peut intervenir dans le cadre de troubles neuro-développementaux, de troubles de la régulation tonico-émotionnelle, de troubles graphiques ou moteur, dans le cadre de maladie génétique, neurodégénérative,... Les troubles psychomoteurs sont décrits plus précisément dans cet article.

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Laura Lauvernay Psychomotricite

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